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Guillaume Genton : « Nous avons évité de tomber dans une dualité entre Jordan Bardella et Marine Le Pen »

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Rédacteur - Expert TV & Audiences
Publié le 20/02/2025 à 21:10

Ce jeudi 20 février 2025 sur C8, Jordan Bardella se livre comme jamais dans un carnet de campagne. Guillaume Genton, le producteur, dévoile à Toutelatele les coulisses de cette immersion dans le quotidien du président du Rassemblement national, intitulé Un an avec Jordan Bardella.

Emmanuel Lassabe : Le documentaire Un an avec Jordan Bardella commence par les résultats des élections européennes avant de revenir en arrière dans le temps. Pourquoi avez-vous fait ce choix narratif ?

Guillaume Genton : Nous avons fait ce choix parce que c’est l’événement qui a marqué l’année politique de Jordan Bardella. Cela a été l’un des temps forts de sa saison, l’un des plus émouvants aussi, car il a passé un an en campagne. C’est à la fois une grande victoire pour lui et son parti, mais c’est aussi le début d’une seconde campagne inattendue, celle des législatives, avec de nombreux rebondissements. Nous estimions qu’il fallait commencer par ce moment clé, qui a finalement mené à une défaite aux législatives.

L’interview confession de Jordan Bardella face caméra, qui ponctue tout le documentaire, a-t-elle été tournée en une seule fois ?

Elle a été réalisée en une seule fois, entre la fin des élections européennes et les élections législatives, et elle a duré deux heures. Nous avons pu poser toutes les questions que nous voulions.

Vous n’avez pas eu recours à une voix off, Jordan Bardella se raconte lui-même. Était-ce un choix important pour vous ?

C’était un choix important, car malgré son omniprésence médiatique, Jordan Bardella parle assez peu de lui et de sa vie dans les médias. Il nous semblait essentiel d’adopter un traitement différent de ce qui a déjà été fait, que ce soit dans des reportages ou des plateaux télévisés classiques. Le voir raconter sa vie à la première personne, en tant que narrateur principal, apporte une dimension plus intime et authentique.

« Ajouter d’autres intervenants pourrait desservir le récit »

Pourquoi ne pas avoir intégré dans le documentaire des personnalités politiques de son bord, comme Éric Ciotti ou Marine Le Pen ?

Nous avons fait ce choix pour que Jordan Bardella raconte lui-même ce tournant dans sa vie politique et personnelle. Il est le sujet du documentaire. Marine Le Pen apparaît brièvement, mais lorsqu’on a l’occasion d’avoir une personnalité politique de premier plan qui se livre, ajouter d’autres intervenants pourrait desservir le récit. Cela ne nous empêche pas de les voir dans certaines séquences, mais le fait de ne mettre en avant que Jordan Bardella donne au documentaire un côté plus personnel et immersif.

Quelle organisation est nécessaire pour suivre un homme politique de premier plan ?

Ce n’est pas une organisation militaire comme on pourrait le croire. Une fois un accord établi avec Jordan Bardella et son équipe, nous avons cherché à nous greffer aux moments clés de sa campagne, comme son débat avec Gabriel Attal ou encore les jours déterminants de son élection. Parfois, nous proposions des dates, d’autres fois, c’était son équipe qui nous invitait à suivre des déplacements dont nous n’avions pas forcément connaissance, comme son voyage aux Antilles.

Combien d’heures avez-vous tourné pour aboutir à un documentaire de 1h15 ?

Nous avons filmé pendant environ soixante jours, à raison de dix heures par jour. Au total, nous avons accumulé plus de 500 heures de rushs.

« Nous n’avons pas été frustrés »

Vous êtes-vous fixé une limite de durée pour le documentaire ?

C’était vraiment au feeling. Nous avons dû couper certaines séquences, car nous estimions qu’elles étaient moins utiles ou moins intéressantes que d’autres. La difficulté résidait dans le fait que chaque séquence devait raconter quelque chose de différent, que ce soit sur l’année, la campagne ou son parcours. Nous espérons avoir conservé le meilleur.

Marine Le Pen est présente dans les images. Comment avez-vous calibré sa présence dans le documentaire ?

Elle apparaît tardivement et intervient à deux reprises. Nous n’avons pas cherché à la mettre en avant. Il y a des événements où elle est présente, mais où nous ne la montrons pas forcément. Nous avons simplement saisi les moments où elle interagissait avec Jordan Bardella, comme lors de la présentation de son discours ou en coulisses lors des élections législatives et européennes. En 2023, lorsque nous avons lancé la production du documentaire, Jordan Bardella jouissait déjà d’une grande notoriété, mais il a encore pris du poids politiquement et médiatiquement cette année-là. Nous avons dès le départ choisi de nous concentrer sur lui et d’éviter de tomber dans une dualité « Jordan et Marine » ou « seulement Marine Le Pen ». Nous avons senti qu’un phénomène politique et médiatique allait émerger autour de lui.

Avez-vous eu carte blanche pour filmer Jordan Bardella ?

Notre équipe a pu le suivre partout : dans sa chambre d’hôtel, lors de tous ses déplacements, pendant la préparation de ses discours… Nous avons même filmé une séquence dans sa voiture à la sortie des résultats du premier tour des élections européennes, un moment rare où l’on voit l’effervescence médiatique et sécuritaire autour de lui. Il nous a laissé une totale liberté pour documenter son quotidien pendant un an. Et nous n’avons pas été frustrés à ce niveau, car il a pleinement joué le jeu.

Quelles ont été les limites ?

Nous n’avons eu aucune limite imposée. Nous ne voulions pas faire une télé-réalité sur Jordan Bardella ni nous immiscer excessivement dans sa vie privée, car cela reste avant tout un carnet de campagne. C’est notre deuxième expérience du genre après celle avec François Hollande (des podcasts sur Majelan, NDLR), et nous n’avions pas eu de restrictions non plus. C’est toujours appréciable d’avoir des hommes politiques qui se livrent et acceptent l’exercice. C’est une question de confiance, qui s’instaure au fil du tournage.

« Nous avions commencé sans avoir de diffuseur »

À la base, ce documentaire est-il une demande de Jordan Bardella comme l’ont laissé supposé certains médias ?

Je tiens à le préciser : ce documentaire a été entièrement financé par nous et n’est pas une commande, contrairement à ce qui a pu être suggéré dans les médias. Nous avions remarqué qu’il se passait quelque chose autour de Jordan Bardella. Au départ, nous avons commencé sans avoir de diffuseur.

Jordan Bardella a-t-il eu un droit de regard sur le documentaire avant sa diffusion ?

Nous avons montré le documentaire à Jordan Bardella et à son équipe, et il n’y a eu aucune modification ni censure. Tous les passages ont été conservés, y compris les accrochages avec des journalistes, les insultes de passants ou encore les pronostics erronés de certains membres du Rassemblement national sur les législatives. Ils ont eu l’honnêteté de ne rien modifier. C’était très agréable de travailler ainsi. Par ailleurs, Jordan Bardella n’a pas exigé de droit de regard. En principe, les personnalités politiques n’en ont pas, mais nous lui avons envoyé le film en avant-première afin qu’il puisse le découvrir avant sa diffusion.